Aucun message portant le libellé Flash-Pause. Afficher tous les messages
Aucun message portant le libellé Flash-Pause. Afficher tous les messages

21 février 2026

La vacuité du témoignage pictural sans auditoire


 Pourquoi prenons-nous des photos sinon avoir au moins le désir de transmettre une vision pérenne d'un moment présent mais fugace. On a souvent prétendu comme nous sommes dans l'aire de l'image au sens de sa représentation tout azimut mais aujourd'hui on a plutôt l'impression qu'il s'agit de l'émergence d'une époque centrée sur l'imaginaire sans motivation réelle sinon le divertissement gratuit.

Évidemment nous "consommons" quotidiennement une quantité formidable (comme dans terrifiante) d'images sous toutes sortes de formulations réelles ou, de plus en plus, virtuelles. Il nous en reste souvent que des souvenirs vagues et fragmentaires, comme des impressions instantanées mais somme toute vite oubliées dans le maelstrom d'une vie frénétique sans but véritable sinon l'action pour l'action.


Pour moi, chaque déclenchement de l'appareil photo doit être un acte réfléchi, un choix délibéré de sujet, de contexte et de moment. J'ai peine à accepter le principe de la rafale photographique car elle dénie souvent le rôle décisif de son auteur de choisir son instant critique, et laisse plutôt le hasard mécanique ou électronique sélectionner l'image déterminante pour lui. Comme je suis d'abord un photographe d'anticipation, je prône plutôt l'étude du sujet et de son contexte et l'expérimentation lente et sélective du moment de prise de vue car de cet apprentissage nait une plus juste compréhension des choses et de leur environnement. 

Il ya aussi l'analyse de nos résultats photographiques qui révèle souvent des enseignements sur notre propre aptitude à "rendre" l'expression et l'émotion de notre sujet. Ce narratif visuel et personnel mérite d'être étudié plus en profondeur et pourra nous guider vers de meilleures façons de faire en prise de vues. Un sujet quel qu'il soit n'est jamais vraiment épuisé car ses angles d'attaque sont presqu'infinis. Observation, curiosité, audace et autres, autant de facteurs à considérer quand on aborde le traitement d'un sujet. Et la technique ne se limite pas à l'aspect matériel d'une démarche documentaire ou purement artistique.

***


S'il y a un risque aujourd'hui, c'est bien d'oublier à quel point la photographie participe au narratif historique de nos vies tant individuelles que collectives. Bien sûr, sans auditoire, tout témoignage visuel devient vain car son impact dépend assurément de ceux et celles qui "regardent" celui-ci et y réagissent intimement. Et c'est bien la nature fondamentale de tout art d'expression.

Photos Daniel M


14 février 2026

À la recherche d'incertitudes...


 En folâtrant à travers l'espace Internet, on se rend compte comment la recherche de certitudes est devenue une obsession universelle et dont la présence a occulté bien d'autres préoccupations toutes aussi sinon plus impératives dans notre quotidien. Bien sûr nous parlons ici essentiellement de certitudes matérielles avant tout. Et bien que parfois contestables, elles ont sans contredit leur place face aux défis incessants de tous les jours.

En photographie, là aussi, on recherche le graal magique qui répond à toutes nos fantaisies théoriques de prises de vue ce qui contribue également à une certaine standardisation algorithmique des résultats picturaux obtenus même avec le meilleur effort des intelligences artificielles à notre service. Cette recherche de certitudes voient surtout son fondement dans notre insécurité séculaire depuis la nuit des temps et l'apparition de la bête humaine. Nous vivons moins d'espoirs et de découvertes, souvent plus déstabilisantes que rassurantes pour plusieurs, et préférons plutôt de banales et répétitives certitudes. 

Bref l'interrogation et l'expérimentation ne sont plus vraiment à l'ordre du jour. Nous ne sommes plus des artistes mais bien des "pros" de la photo qui remplissent leur mandat réel ou virtuel en fonction de commandes toutes aussi prévisibles. L'inattendu et l'imprévisible sont jetés avec l'eau du bain de l'incertitude malheureuse et délaissée. Peux-t-on parler vraiment d'une civilisation d'explorateurs alors que nous vivons dans un environnement d'intense prévisibilité? 

Il y aussi ce désir de plaire qui est au fond la recherche d'être aimé de tous et chacun, une utopie bien humaine et exacerbée par notre contexte ultra-médiatisé. C'est là que le courage d'être différent, de surprendre et de choquer parfois, d'être l'électron-libre de la tribu humaine nous manque foncièrement et, hélas, presque définitivement. Nous ne vivons plus dans la nuance, dans le sens critique mais bien dans l'amour ou la haine inconditionnelle, c'est selon.

***

J'aurais conclure sur une note plus joyeuse en me disant qu'il reste des étoiles filantes au firmament de l'impromptu et de l'impact mais il faut bien se le dire qu'il va falloir s'y mettre tôt ou tard et soutenir la différence au détriment de la bêtise du troupeau. 😉

Photo Daniel M

01 février 2026

Pérennité photographique à l'ère du numérique


 Tous reconnaissent l'extraordinaire grande capacité d'archivage des supports numériques et plus particulièrement en photographie. Et tous s'accordent de cette caractéristique se double d'un potentiel documentaire indéniable. Mais il y a aussi cet envers contradictoire à ce nouveau contexte, i.e. à la fois l'imprévisibilité que ces supports restent accessibles à très long terme et qu'il y est un auditoire intéressé à les consulter ne fut-ce que des intérêts historiques. Et c'est là où le bât blesse plus particulièrement pour un médium ou un art dit d'expression avant tout.


Comment tout petit photographe que nous sommes aujourd'hui, comment pouvons-nous au moins s'assurer que nos efforts ne soient pas totalement vains dans cette sphère de l'indifférence et de l'éphémère proposé par l'internet et la communication instantanée? Si certains se tournent vers un passé photographique représenté par l'époque argentique, si d'autres créent des sauvegardes s'adressant à des publics pour le moins incertains sinon inexistants et qu'enfin, si plusieurs tentent de faire rayonner leur expression iconique à travers le Web, comme pour ce blog d'ailleurs, l'impression au propre comme au figuré du moment décisif est pour le moins en danger de disparition complète.

Il n'y a pas de formule magique à ce dilemme qui est plutôt relié intimement à notre propre désir en société de préserver les témoignages du passé souvent et malheureusement perçu comme encombrants pour notre conscience réduite à l'équation du présent exclusif. Et c'est toute l'écologie de l'histoire documentaire de l'humanité qui semble vouloir passer à la trappe sauf pour quelques éléments décoratifs (fashion) souvent remodelé suivant la saveur du moment.

***

Il nous reste peut-être une autre forme d'impression moins palpable et plus durable, c'est celle qu'engendre l'exposition à nos images les plus marquantes, celles dont l'impact s'inscrit dans nos mémoires biologiques et dont l'effet peut se transmettre entre nous, entre générations. Du tangible on provoque l'intangible. Et le pourquoi du photographe s'en trouve justifié par sa pratique, par son partage et par sa persistance. Influer sur une personne peut être plus productif que s'inscrire dans la masse de la conformité vite oubliée des pseudo-critiques de notre civilisation néo-médiatisée. Car le nombre de clics n'est rien à coté d'un seul vrai déclic!

Photos Daniel M

21 janvier 2026

Nos petits malheurs et nos grands ...


 On a tous nos petits malheurs qui souvent nous questionnent sur nos grandes ambitions car le quotidien ne peut pas vraiment s'exclure de notre vie même si on la voudrait toujours projetée en cinérama ou même en imax. Il y a aussi les grands malheurs, c'est-à-dire la grande dramatique de tout ce qui nous entoure, de ce qui constitue notre univers, de ce qui fait le corpus cette vie et de celle de nos compatriotes humains et de tout notre entourage animal, végétal, minéral et sidéral qui compose le théâtre réel ou virtuel de nos sensations et de nos émotions.

Il y a nos petits malheurs physiques, psychologiques et même matériels qui deviennent des montagnes quasi-infranchissables et pour lesquels notre impuissance à les surmonter nous submerge parfois dans le vide dépressif mais qui, une fois franchis cependant, tombent dans l'oubli instantané d'une autre étape de la vie qui,elle, ne cesse d'exister. ll y a beaucoup à réfléchir et cela de tout temps sur le pourquoi des choses dont nous sommes nous-même partie prenante. Et il faut bien qu'un jour que cette fébrilité d'être s'apaise un peu ne serait-ce que pour s'y trouver un sens toujours aussi difficile à définir il est vrai.

Face au malheur, la spiritualité fait parfois office de baume pour notre conscient en perdition. Les mots, les images peuvent enfin s'harmoniser et nous délivrer momentanément de nos angoisses répétitives. Il y a bien une histoire en toute chose mais sans pour autant qu’elle nous gratifie obligatoirement d'une explication complète et définitive. Mais même les réponses deviennent secondaires devant l'état extatique de cet apaisement sans nécessaire justification. Et alors nos petits malheurs se transformeront en grandes plénitudes.

Photo Daniel M

24 mars 2022