15 août 2026

Une espèce en voie de disparition?


 Est-ce bien vrai? La photographie traditionnelle est-elle sur le point de s'évanouir au profit d'un espace visuel créé de toutes pièces? Assistons-nous au déclin inévitable de l'homo photocorpus primaire? Tant de questions qui elles-mêmes sont de moins en moins d'actualité comme si le sort ultime de la classe des photographes classiques n'est plus un enjeu individuel et collectif pertinent et c'est peut-être déjà le cas pour plusieurs. Il en resterait que l'aspect propagandiste ou divertissant calquée aux besoins de "marketisation" des idées et des tendances.


Pourtant la photographie documentaire et informative a gardé toute son utilité comme moyen privilégié et précis d'illustration de son sujet et de son contexte. Et sa facilité technologique, son coût d'utilisation moindre et sa facilité de transmission la rendent toujours aussi attrayante, abordable, fiable et enrichissante. Ce qui change c'est surtout l'incertitude de sa pérennité et en particulier pour les générations futures dont le désir d'érudition historique pur a grandement diminué face aux défis quotidiens de cette civilisation de plus en plus techno-orientée.

Il faut tout de même souligner l'oeuvre souvent acharnée de ces photographes qui persistent à transporter le flambeau de cette photographie qui carbure encore dans la recherche, l'exécution et la diffusion d'un art de la vision humaine transposée par l'image captée et retransmise sur un support quel qu'il soit. Il faut également souligner l'effort consenti par tous ces missionnaires qui supportent, administrent, promussent à travers tout un réseau de galeries, de salles d'exposition permanentes ou temporaires et d'évènements ponctuels, l'avancement de la photographie classique. Tout cela est révélateur que la passion non seulement subsiste toujours mais surtout qu'elle s'expose à de nouveaux adeptes.

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Assurément que la survie et son essor de la photographie traditionnelle dépendent largement sur les épaules de ses artisans de l'image et de ses amateurs au sens premier qui voient à sa diffusion au bénéfice de tous et chacun. Pour le photographe qu'il soit accompli, professionnel, amateur ou débutant, l'acte de photographier reste toujours un défi aussi exaltant et porteur d'émotions que fut le premier déclic du premier ou de la première photographe de notre histoire humaine.

Photos Daniel M

08 août 2026

Les lourds secrets de l'histoire de la photographie


 La naissance de la photographie comme pratique médiatique fut tout sauf candide. Elle a été la source de conflits, d'erreurs, de fraudes, de dangers et plus encore. Elle a servi à tout du voyeurisme le plus primaire à la propagande la plus sophistiquée. Elle a travesti maintes réalités au profit de quelques unes et au détriment de toutes les autres. 

Sa création même n'est pas un beau roman scientifique car plusieurs ont d'abord proclamé son usage exclusif, la plupart du temps à des fins commerciales. En fait la photographie ne s'est "démocratisé" que bien après sa découverte, soit 60 ans environ, et encore pour un public particulier et moyennement nanti. Éventuellement elle s'est élevé comme un art visuel à part entière mais même là, cet art a été savamment détourné dans la promotion d'idées sectaires comme ça l'est toujours d'ailleurs et bien malheureusement.


Très tôt la photographie a été utilisé comme "moyen" de renseignement sur les personnes, sur les collectivités et les groupes, en vertu de son caractère d'authenticité et de précision qu'on lui conférait même si dès le début le trucage photographique et plus tard cinématographique ont fait parti de cette pratique visuelle. Les applications policières, militaires et de renseignement ont connu un essor presqu'immédiat et ont constitué la base, toujours active d'ailleurs, de l'observation photographe tant légale qu'illicite. 

La photographie est aussi devenu pornographique empruntant les avenues de l'art dit érotique pour lui permettre un voyeurisme sans frontière apparente. Certes on peut discuter de sa pertinence ou encore de son absence de moralité, notion qui évolue socialement et constamment, mais le fait demeure qu'elle a engendré des excès d'exploitation des femmes, des hommes et des enfants plutôt intolérables peu importe l'époque évoquée.


La photographie comme outil de propagande n'est pas nouvelle non plus. Elle a servi à l'embellissement et à l'éloge de plusieurs partis et leaders politiques principalement dans le cadre de régimes autoritaires. Encore là la croyance d'authenticité de toute photographie a permis la manipulation des individus et des collectivités au détriment de leur sens critique. Ces images autoritaires sont bien connues de tout amateur d'histoire non frelatée et non réinventée. 

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En soulevant ce pan du coté obscur de la photographie, j'ai voulu proposer une approche plus critique du produit photographique sous toutes ces formes et souligner aussi qu'il s'agit aussi d'un art d'expression dont l'aspect interprétatif ne doit pas être négligé tout comme pour toute autre pratique d'expression qu'elle soit orale, écrite ou visuelle. Cependant et même avec l'avènement de l'intelligence artificielle dont l'approche critique devient d'autant plus d'actualité, nous ne devons pas nous empêcher d'apprécier avec un esprit toujours ouvert toute la richesse du regard qu'offre la photographie en général.

Sources des Photos: Web

01 août 2026

60 cycles en photos!

 Nous sommes toutes et tous les résultantes d'une multitude d'influences générés par nos rencontres avec des personnes ou des événements marquants de notre vie. Il serait difficile d'en faire un inventaire exhaustif car elles sont nombreuses, très variées et dument échelonnées sur toute notre parcours existentiel. Malgré tout il y en a certaines qui demeurent ancrées dans notre conscient et subconscient comme des traces tenaces et déterminantes de notre vie.

En photographie, c'est souvent cet héritage témoin visuel qui nous motivera à entrer dans cet univers non seulement comme contemplateur mais aussi comme créateur à part entière. Modestement je vous en présente deux qui ont su paver ma conversion vers une vocation qui se perpétue encore. Les deux sont issus de cette génération des années soixante qui ont proposé ce regard si particulier de la photographie documentaire d'actualité d'une société occidentale en mutation.

*Prenez note que toutes les photographies présentées dans cet article sont mes photos personnelles qui reflètent l'influence de ces deux mentors.*


Jean-Claude Labrecque: la caméra sur l'épaule! (1938-2019)

Jean-Claude Labrecque est surtout reconnu comme cinéaste-réalisateur mais son curriculum professionnel comprend aussi une formation et une solide expérience de directeur photo ce qui lui a conféré un regard particulier et original tant sur son approche documentaire que cinématographique de fiction. L'un des ses courts métrages le plus percutant fut certainement son documentaire dramatique sur le 11ème tour cycliste de la Nouvelle France réalisé en 1964. D'ailleurs les photos de mon crue que je présente ici sur le championnat mondial cycliste de Montréal de 1974 sont en quelque sorte un hommage de l'influence qu'a exercé Jean-Claude Labrecque sur toute une génération de photographes québécois et canadiens dont je fais parti modestement.

Labrecque était issu de cette cohorte canadienne du cinéma direct qui, caméra à l'épaule, allait à la rencontre des gens et des événements et dont le propos se créait au gré de l'évolution de ces témoignages visuels et auditifs faits sur le terrain. Ce cinéma dans sa photographie plus authentique se voulait aussi la quête d'une certaine vérité spontanée même en tenant compte de l'interprétation inconsciente de ceux et de celles qui le réalisait. De Jean-Claude Labrecque nous retiendrons une certain candeur du regard où l'humanisme ressort de sa simple présence contextuelle. Il a proposé plus le questionnement au delà de l'explication simpliste et dirigée. C'est ainsi que l'artiste tout comme tout autre humain doit continuer de s'interroger. 


Photos Daniel M


Antoine Desilets: le photographe pédagogue (1927-2019)

Antoine Desilets est une référence incontournable de l'histoire récente de la photographie au Québec (Canada) non seulement comme artiste-photographe marquant de sa période la plus connue (1960-1980) mais aussi comme un pédagogue de la pratique du médium qui a suscité un nombre impressionnant de vocations tant amateurs que professionnelles. Doté d'une personnalité attachante, curieuse, débonnaire et fortement teinté d'humour, Desilets a démocratisé la photographie dans une société canadienne-française encore culturellement à l'étroit de son héritage catholique réducteur.

Car Antoine Desilets était à la fois un conteur par ses écrits et un illustrateur par ses exemples visuels. Mais surtout il était un indomptable motivateur pour toute une génération qui doutait de son savoir-faire au départ mais dont la confiance et l'audace se sont épanouies au contact de ce grand générateur de talents et de vocations. Cet apport pédagogique essentiel a même franchi les frontières de son Québec chéri pour se répandre dans les Afriques. Desilets n'était pas l'homme des complications mais plutôt le facilitateur de l'émergence créatrice. Il a inspiré de bien des manières et il inspire toujours.


Photos Daniel M

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Une vie de photographe ne se termine jamais par sa disparition corporelle, elle survit au delà grâce à l'influence qu'exerce son oeuvre à travers celles et ceux qui l'ont côtoyé, observé et transposé dans leur propre démarche photographique. Consciemment ou non nous avons tous eu des mentors qui ont alimenté notre savoir-faire et nous ont ouvert des horizons visuels vers des techniques, des sujets, des contextes photographiques. Leur rendre hommage ne peut que nous enrichir d'autant et participer à notre propre émulation.

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Sources des portraits: ONF (Jean-Claude Labrecque); La Presse (Antoine Desilets)