Nous sommes toutes et tous les résultantes d'une multitude d'influences générés par nos rencontres avec des personnes ou des événements marquants de notre vie. Il serait difficile d'en faire un inventaire exhaustif car elles sont nombreuses, très variées et dument échelonnées sur toute notre parcours existentiel. Malgré tout il y en a certaines qui demeurent ancrées dans notre conscient et subconscient comme des traces tenaces et déterminantes de notre vie.
En photographie, c'est souvent cet héritage témoin visuel qui nous motivera à entrer dans cet univers non seulement comme contemplateur mais aussi comme créateur à part entière. Modestement je vous en présente deux qui ont su paver ma conversion vers une vocation qui se perpétue encore. Les deux sont issus de cette génération des années soixante qui ont proposé ce regard si particulier de la photographie documentaire d'actualité d'une société occidentale en mutation.
*Prenez note que toutes les photographies présentées dans cet article sont mes photos personnelles qui reflètent l'influence de ces deux mentors.*
Jean-Claude Labrecque: la caméra sur l'épaule! (1938-2019)
Jean-Claude Labrecque est surtout reconnu comme cinéaste-réalisateur mais son curriculum professionnel comprend aussi une formation et une solide expérience de directeur photo ce qui lui a conféré un regard particulier et original tant sur son approche documentaire que cinématographique de fiction. L'un des ses courts métrages le plus percutant fut certainement son documentaire dramatique sur le 11ème tour cycliste de la Nouvelle France réalisé en 1964. D'ailleurs les photos de mon crue que je présente ici sur le championnat mondial cycliste de Montréal de 1974 sont en quelque sorte un hommage de l'influence qu'a exercé Jean-Claude Labrecque sur toute une génération de photographes québécois et canadiens dont je fais parti modestement.
Labrecque était issu de cette cohorte canadienne du cinéma direct qui, caméra à l'épaule, allait à la rencontre des gens et des événements et dont le propos se créait au gré de l'évolution de ces témoignages visuels et auditifs faits sur le terrain. Ce cinéma dans sa photographie plus authentique se voulait aussi la quête d'une certaine vérité spontanée même en tenant compte de l'interprétation inconsciente de ceux et de celles qui le réalisait. De Jean-Claude Labrecque nous retiendrons une certain candeur du regard où l'humanisme ressort de sa simple présence contextuelle. Il a proposé plus le questionnement au delà de l'explication simpliste et dirigée. C'est ainsi que l'artiste tout comme tout autre humain doit continuer de s'interroger.
Antoine Desilets est une référence incontournable de l'histoire récente de la photographie au Québec (Canada) non seulement comme artiste-photographe marquant de sa période la plus connue (1960-1980) mais aussi comme un pédagogue de la pratique du médium qui a suscité un nombre impressionnant de vocations tant amateurs que professionnelles. Doté d'une personnalité attachante, curieuse, débonnaire et fortement teinté d'humour, Desilets a démocratisé la photographie dans une société canadienne-française encore culturellement à l'étroit de son héritage catholique réducteur.
Car Antoine Desilets était à la fois un conteur par ses écrits et un illustrateur par ses exemples visuels. Mais surtout il était un indomptable motivateur pour toute une génération qui doutait de son savoir-faire au départ mais dont la confiance et l'audace se sont épanouies au contact de ce grand générateur de talents et de vocations. Cet apport pédagogique essentiel a même franchi les frontières de son Québec chéri pour se répandre dans les Afriques. Desilets n'était pas l'homme des complications mais plutôt le facilitateur de l'émergence créatrice. Il a inspiré de bien des manières et il inspire toujours.
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Une vie de photographe ne se termine jamais par sa disparition corporelle, elle survit au delà grâce à l'influence qu'exerce son oeuvre à travers celles et ceux qui l'ont côtoyé, observé et transposé dans leur propre démarche photographique. Consciemment ou non nous avons tous eu des mentors qui ont alimenté notre savoir-faire et nous ont ouvert des horizons visuels vers des techniques, des sujets, des contextes photographiques. Leur rendre hommage ne peut que nous enrichir d'autant et participer à notre propre émulation.
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Sources des portraits: ONF (Jean-Claude Labrecque); La Presse (Antoine Desilets)




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