18 juillet 2026

Le poids des photos


 Il m'arrive à l'occasion de renouer avec mon ancienne vocation de photo-reporter et d' observer par la même occasion comment le contexte d'aujourd'hui peut ou non différer de ce que j'ai expérimenté dans mon passé de photographe argentique et journalistique. Au fond les exigences sont restées les mêmes: d'abord bien illustrer le sujet, offrir une perspective contextuelle qui explique en tout ou en partie le sujet, saisir si possible les moments décisifs de l'action s'il y en a, maintenir une qualité de définition d'image acceptable sinon optimale quand cela est permis et surtout demeurer critique de ses résultats car il y a toujours place pour évoluer comme photographe.

Ce qui change aujourd'hui c'est peut-être le coût économique très faible de la prise de vues, l'autonomie accrue des appareils, la capacité fantastique des supports d'enregistrements et la rapidité phénoménale du traitement en post-édition des images et leur grande facilité de diffusion. Tous ces facteurs sont devenus un standard pour lequel un photo-journaliste de l'ère argentique ne pouvait que rêver sans y croire même au début (surtout au début) des balbutiements du numérique.


Aujourd'hui cette nouvelle voie questionne tout de même la pertinence de certains comportements passés à propos du travail de photographe car la photo instantanée personnifié par l'intégration de fonctions photographiques dans les autres outils numériques comme la tablette ou le téléphone intelligent ont occulté des éléments essentiels de la pratique et de l'art photographique comme la composition et l'interprétation de l'exposition et de l'obturation, des facteurs-clés dans la nature et dans la profondeur d'une image préservée et transmise. L'image fixe ou en arrêt a été aussi beaucoup dévalorisée par l'image animée ou vidéo. Cette dernière est maintenant d'une qualité technique exceptionnelle au point de servir maintenant de source d'images fixes!

Le photo-reporter choisit par définition des cadrages et des moments critiques qui reflètent son interprétation du sujet. Elle ou il transpose ses biais systématiques issus de sa formation, de son expérience et de son jugement pour "rendre" ce sujet et lui conférer un impact particulier. Une photographie propose donc un temps d'arrêt sur nos activités créant une sorte de déséquilibre qui nous questionne et renforce notre sens critique vis-à-vis des éléments de notre environnement. Souvent le regard du photographe brise la chaine de l'indifférence générée par les images en succession continue. Bref la photo nous permet de "voir" et d'observer en détails et qui ressortent du flou quotidien dans lequel nous baignons constamment.


Tous ces moments fugaces proposés par la photographie ont finalement leur importance quand nous réfléchissons sur nos perceptions et nos motivations personnelles et collectives. On dit "une photo vaut mille mots" mais aussi on pourrait dire que mille photos ne valent plus rien dire car noyés dans cette masse d'images, nous ne pouvons que banaliser leur importance individuelle. Le photo-reporter choisit donc d'en extraire une infime partie pour les retransmettre sur un support d'observation plus permanent et cela explique que deux photographes situés au même endroit et au même moment font rarement les même photos. 

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Que conclure sinon que le poids des photos reste le même peu importe les technologies et les supports de diffusion mais ce qui peut changer, c'est plutôt notre capacité et notre volonté de les consulter et d'en déduire notre interprétation.  En définitive le travail et les objectifs du photographe restent les mêmes, c'est-à-dire capter son moment décisif dans un cadre qu'il a choisi et un agencement du sujet qu'il préfère. Bref la photographie demeure ce qu'elle a toujours été, un art d'interprétation visuelle à part entière.

Photos Daniel M

11 juillet 2026

Le "premier" grand-angle: Olympus/OM System M.Zuiko ED 12mm F2 Premium


 D'un certain point de vue historique, l'objectif M.Zuiko ED 12mm F2 d'Olympus a été une optique emblématique en ce qu'il se démarquait lors de son introduction en 2011 de tout ce qui constituait alors la gamme des objectifs du manufacturier pour le format d'image numérique Micro Four Third ou µ43. Sa construction, son fini argenté et son esthétique rappelait celle des premiers objectifs 35mm film et tout contribuait à lui conférer un statut particulier au point même qu'on en fit des coffrets associés avec un autre produit d'exception, l'Olympus Pen-F.

Bien sûr, l'objectif M.Zuiko ED 12mm F2 n'a pas été ni le véritable premier grand angulaire de la gamme (Cet honneur reviendrait plutôt au M.Zuiko 17mm F2.8 introduit en 2009), ni le seul grand angulaire faisant parti de la gamme optique en format Micro Four Third ou µ43. Mais pour un ancien disciple convaincu comme moi de la pertinence de l'optique de 24mm adaptée à l'ancien format de film 135 (35mm), son angle de champs de 84 degrés reste une caractéristique fétiche pour cette longueur focale élargie. Certains vous diront que le 12mm en MFT est même le premier véritable grand angle digne de ce nom et c'est pourquoi on le retrouve souvent comme la limite focale inférieure des objectifs-zoom Pro comme avec les 12-35mm, 12-40mm, 12-45mm, 12-60mm et 12-100mm tant chez Olympus / OM System que chez Panasonic Lumix G.


Visuellement le M.Zuiko ED 12mm F2 est très compact et fut longtemps disponible exclusivement en livrée argentée. Avec un poids-plume de 130g et un diamètre de filtre-accessoire de 46mm, il mesure à peine 4,3 cm de longueur. Son pare-soleil dédié LH-48 de forme carré était cependant optionnel, onéreux et requérait un montage par resserrement d'un collet. Sa construction était métallisée et l'objectif n'était pas catégorisé à l'épreuve des intempéries (AW) et ne l'est toujours pas à ce jour (2026). Il n'avait pas et n'a toujours pas de stabilisation optique interne. De plus son tarif élevé d'acquisition a été longtemps un obstacle majeur à sa popularité.

Sa bague de mise au point manuelle peut être activé par un ingénieux système (clutch) permettant un enclenchement avant-arrière du barillet et les échelles des distances et de la profondeur de champs sont visibles en position manuelle. Avec une ouverture maximale de F2, le M.Zuiko ED 12mm s'adapte à plusieurs conditions d'éclairage et évite souvent l'utilisation d'un support-trépied en faible luminosité. 


Le M.Zuiko ED 12mm F2 est peut être l'optique contextuel de proximité du sujet par excellence. Malgré son champs visuel élargi de 84 degrés, il conserve une certaine prévisibilité de perspective qui permet au photographe de l'appréhender sans pour autant garder l'oeil constamment à travers le viseur, une qualité indéniable en situation de reportage et documentaire comme en voyage. En lui combinant une bonne profondeur de champs, l'objectif encourage la spontanéité de déclenchement avec une zone de netteté accrue.

En situation de prise de vue, le M.Zuiko ED 12mm F2 se comporte avec une belle réactivité en parfait accord pour une optique au déclenchement opportuniste. Il n'est pas exempt de distorsion optique (barillet) et d'aberrations chromatiques (débordements) mais le logiciel interne de l'appareil photo en corrigera l'essentiel si vous utilisez les formats de fichiers d'image JPEG (ce qui n'est évidemment pas le cas en RAW). La netteté sera maximale au centre de l'image et peut s'améliorer en choisissant de refermer un peu le diaphragme de l'optique vers F2.8-5.6. Le rendu chromatique du M.Zuiko ED 12mm F2 s'accorde avec celui des autres objectifs de cette série Olympus/OM System. En situation  de  prise de vue architecturale, il est préférable de soigner sa position face au sujet et éviter la plongée ou la contre-plongée afin de conserver la parallélisme des lignes de fuite traditionnelles (à moins que ce soit l'effet recherché).

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Ce que l'utilisation d'un grand angle comme le M.Zuiko ED 12mm F2 peut apporter au photographe, c'est une certaine éducation dans notre perception de l'organisation des espaces pour la composition de nos images. En soignant plus nos agencements entre les différents plans de cette image (avant-plan, plan moyen et arrière-plan), on encourage l'oeil de l'observateur à balayer tout le contexte d'un sujet et à s'interroger sur son propos. Oui, un grand angulaire peut être une optique moins facile à maitriser à prime abord mais il peut participer à une certaine éducation de l'art de photographier de façon plus "environnemental" si je puis dire.

Un autre aspect de l'usage du M.Zuiko ED 12mm F2 est son exigence de proximité du sujet principal qui peut entrainer un meilleur "contact" avec le sujet et proposer au photographe une meilleure compréhension de celui-ci. Encore là la facilité d'espionner à distance le sujet comme un téléobjectif peut si bien le faire, est parfois remplacée par une socialisation quasi inévitable que demande le grand angulaire afin de s'immerger dans le contexte de la prise de vue. Bref un rapprochement qui peut être salutaire à plusieurs égards. Ici une plus grand profondeur de champs apparente reste aussi un atout indéniable.

Le coté créatif du M.Zuiko ED 12mm F2 est sans contredit une autre avantage qui plaide pour le choix de cette optique. C'est tout un univers de formes et d'espaces qu'on peut explorer au gré des angles d'attaque en prise de vue pour représenter le ou les sujets photographié(s). Encore là, il y a place pour un apprentissage dans la manipulation et l'anticipation de l'objectif. Tout espace photographié peut potentiellement présenter un intérêt particulier dans la mesure les lignes de fuite imaginaires s'organise harmonieusement dans un théâtre visuel d'impact. 

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Ce bref plaidoyer en faveur du M.Zuiko ED 12mm F2 ou de tout autre objectif grand angulaire du même type, avait surtout pour but de proposer un "élargissement" de nos horizons photographiques en prise de vue et une approche du sujet plus socialisante et plus contextuelle. Au demeurant, tout cela reste l'affaire du photographe, n'est-ce pas?

Photos Daniel M

04 juillet 2026

Perspective réduite et faible profondeur de champs avec l'Olympus/OM System M.Zuiko ED 75mm F1.8 Premium


 Ce sont deux phénomènes bien connus et bien identifiés à l'usage d'un téléobjectif doté souvent d'une plus grande ouverture maximale relative. Déjà aux temps héroïques de la photographie argentique, on pouvait côtoyer des optiques de 135mm, 200mm et 300m en format 135 (film 35mm) qui répondaient à ces caractéristiques recherchées pour mieux discriminer le sujet principal de son contexte en portrait, en photo de reportage, en photo animalière, etc. Avec l'avènement de l'image numérique, la tendance s'est maintenu et s'est intensifié en diversité.

L'Olympus M.Zuiko ED 75mm F1.8 Premium introduit tôt en 2012 dans la gamme des optiques M.Zuiko conçue pour le format Micro Four Third ou µ43, et a signifié pour plusieurs l'engagement du manufacturier à produire des optiques de plus haut de gamme (Premium). Ce téléobjectif et le grand angulaire M.Zuiko ED 12mm F2, furent le prélude vers une éventuelle série Pro à la construction et aux performances rehaussées. Il est cependant décevant que ces deux modèles, 75mm F1.8 et 12mm F2, n'ait pas encore fait l'objet d'une mise à jour les rendant plus résistants aux conditions externes (AW).

Avec un poids de 305g et un profil un peu lourdaud, le M.Zuiko ED 75mm F1.8 en impose au regard et à la prise en main. Difficile de ne pas remarquer sa grande lentille frontale avec un diamètre de filtre-accessoire de 58mm. Sa bague d'ajustement manuel de mise au point est large et inévitable mais ne permet  pas le choix direct par enclenchement (clutch) entre la m.a.p. automatique ou manuelle comme c'est le cas du M.Zuiko ED 12mm F2. Ce choix reste cependant accessible via le menu du boitier-camera qui sera associé à l'objectif. 


À deux reprises en 2016 et 2021, j’ai déjà publié des impressions favorables sur le M.Zuiko ED 75mm F1.8, les deux fois en langue anglaise cependant. Une mise à jour française s’imposait donc pour mes plus fidèles lecteurs et lectrices dans le phrasée propre à l’Hexagone et mon opinion sur cette optique n’a pas vraiment changé depuis ces publications. 

Vous constaterez un grossissement de trois fois (3X) du sujet par rapport à l’objectif dit normal de 25mm, soit un angle de champs visuel de 16 degrés.  Cela s’apparente aux anciens 135mm et 150mm de l’ère du 35mm argentique. En terme de profondeur de champs, il s’agit également d’une équivalence d’une ouverture maximale de F2.8-3.5 en format 135 (24 X 36mm) bien qu’en terme d’exposition l’ouverture de F1.8 reste bien à l’échelle d’une luminosité accrue et constatée. La version originale d’Olympus de cette optique était manufacturée au Japon ce qui reste à confirmer pour celle maintenant offerte par OM System. 

L'objectif offre une finition métallisée particulièrement esthétique dans sa livrée argentée. Le diamètre des filtres-accessoires est de 58mm. Le M.Zuiko ED 75mm F1.8 Premium a une silhouette plutôt ramassée qui confère à l'ensemble boitier-objectif un bon confort de maintien et une préhension plus sécuritaire. L'ajout du parasoleil dédié diminue beaucoup l'avantage de sa compacité et requiert un montage par vis de serrage assez fastidieux mais peut prévenir efficacement certaine situation de reflet indésirable surtout devant une source de lumière ponctuelle. La bague de mise au point manuelle tourne aisément, peut-être un peu trop selon moi, et rappelle la mécanique des premiers objectifs à mise au point automatique des années 1990. 


La distance minimale de mise au point du M.Zuiko ED 75mm F1.8 Premium est de 0.84m ou, si vous préférez, 84cm (environ 2,8 pieds) ce qui est une performance assez modeste en regard des adeptes de la photographie de plus grande proximité du sujet et de petits détails. Pour la ou le photographe qui aime cadrer serré pour une meilleure discrimination du sujet principal, ce point est à surveiller plus particulièrement. Les transitions entre les zones de netteté et celles hors-m.a.p. sont plutôt douces et non-distrayantes. L’objectif est exempt d’aberrations significatives et s’accorde bien de la recherche de détails architecturaux. 

En photographie de reportage le M.Zuiko ED 75mm F1.8 Premium conserve une bonne réactivité de m.a.p. et d’exposition et s’avère un choix très sensé en photographie à l'intérieur et de plus faible luminosité comme en spectacle ou au théâtre pour donner deux exemples évidents. Il s'agit donc d'une optique ayant une versatilité propre à ses caractéristiques. Par exemple, sa compression du sujet peut aisément contribuer à la dramatisation du contexte de la prise de vue.

Les performances optiques du M.Zuiko ED 75mm F1.8 Premium en termes de résolution/netteté sont son plus grand avantage et cela sans conteste. Son rendu chromatique est excellent et à l'image de la gamme M.Zuiko. Avec le diminutif M.Zuiko 45mm F1.8, Olympus se positionnait dans le haut de leur gamme MFT. La mise au point automatique est rapide et silencieuse. En mode manuel, la bague de m.a.p. offre une faible résistance et n'a aucune butée d'arrêt et aucune indication d'échelle de distance n'est gravée sur le barillet de l'objectif. Aucune stabilisation optique interne n'équipe ce modèle.


Ce type d'objectif à focale fixe haut de gamme incite souvent des photographes à délaisser l'usage d'optiques à focales variables tant la définition des images enregistrées semble surpasser celle des seconds bien qu'un zoom soit plus versatile à priori. Cette meilleure résolution apparente tient souvent en partie à la simplicité conceptuelle du design optique, au choix des matériaux de construction et à la facilité d'usage sur le terrain via une ouverture maximale accrue. Bien sûr le ou la photographe doit parfois faire preuve d'une plus grande mobilité mais le résultat témoigne par lui-même.

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Cadrer serré, compresser sensiblement le contexte du sujet et  pouvoir limiter la profondeur de champs sont souvent les éléments-clés à retenir pour mieux maitriser le M.Zuiko ED 75mm F1.8 Premium. De plus sa grande définition d'image en séduira plusieurs. On peut donc en conclure qu'il s'agit bien d'un outil créatif original assez discriminatoire en composition d'image qui sera apprécié par beaucoup de photographes.

Photos Daniel M