28 juillet 2018

Le contexte en photo

Existe-t-il une photographie sans contexte sous-jacent? C'est peu probable j'en conviens mais existe-t-il une photographie dont le contexte est le sujet même de l'image présentée? Assurément et nous en avons la preuve dans la découverte de l'oeuvre de plusieurs grands photographes passés et présents. Et nous parlons ici du contexte au delà du simple exercice d'atmosphère induite dans l'image. Car le contexte plus qu'un élément de l'histoire est aussi l'histoire en soi.

La photographie contextuelle bien qu'en prise directe de la réalité reste l'interprétation de son auteur qui en définit les règles d'inclusion ou d'exclusion, les arrangements dans sa composition et les moments choisis de son exposition par la sélectivité volontaire de sa luminosité. Parle-t-on d'une photographie spontanée et automatique? Certainement dans certains cas mais aussi d'une recherche élaborée dans d'autres.

Bien sûr il existe aussi un art de la mise en scène qui n'exclut pas la recherche d'un contexte. Une pure abstraction sans attache ou référence serait difficile à concevoir même à imaginer. Nous dirons donc qu'il y a un contexte dans la plupart des efforts de créativité photographique (comme dans la plupart des arts visuels d'ailleurs). Il y a un contexte dans l'image mais aussi hors l'image qui découle de sa diffusion même et de son support de représentation.

Comme photographe nous sommes aussi en contexte consciemment ou inconsciemment Une sorte de prise de parole en image fixée. Si nous savons déjà que le contexte participe à la création de l'oeuvre dans le choix du sujet et son traitement, nous pouvons proposer une interprétation volontaire mais parfois implicite du propos de notre image. En quelque sorte nous exerçons un contrôle sur ce qui participe à l'image et nous voulons exercer ce contrôle encore plus strictement dans notre environnement de création nous pourrons même pousser cet exercice en adoptant un mode d'opération propre au studio traditionnel. Les paramètres d'inclusion ou d'exclusion des éléments du sujet sont strictement sélectionnés dans ce contexte.

Mais il y a aussi l'aspect documentaire spontané de la photographie qui pour sa part n'exclut pas l'improvisation du sujet et ouvre la porte à l'inclusion involontaire d'éléments du sujet qui pourront ou non enrichir ce dernier. La composition de l'image photographiée et l'interaction avec le sujet sont donc les exercices-clés qui détermineront le résultat final de l'oeuvre. Évidemment le post-traitement de cette image fixée peut participer à cette composition finale si tant est le souhait de son auteur ou encore sa technique privilégiée jusqu'au photo-montage un art qui n'est pas le propre de la photographie numérique seul mais qui existait bien avant.

Enfin la valeur intrinsèque d'une photographie peut dépendre parfois largement de son contexte de prise de vue aussi bien que de son propos ou sujet. Sa qualité documentaire est vivement rehaussé par la nature de son contexte implicite. D'une image au traitement à priori banal peut résulté d'un témoignage visuel révélateur et important issu de son contexte. C'est pourquoi il ne faut pas systématiquement éliminer de ses archives toute image d'abord ignorée ou disqualifiée de son usage initial anticipé.

Nous dirons donc que le contexte participe à l'oeuvre photographique tout comme son sujet ou sa technique.







24 juillet 2018

Mais où sont rendus nos photographes?

Bien sûr je parle de nos photographes traditionnels utilisant un appareil photo numérique (dont c'est la vocation première). Car depuis quelques années ou bien l'intérêt semble avoir diminuer ou bien la présence des photo-phonistes en a intimidé plusieurs. Même dans plusieurs lieux touristiques les photographes de voyage (en excluant les tenants de l'instantanée selfique ) brillent par leur absence ou leur discretion totale.

Avec les appareils photo numériques compact il ne semble plus y avoir aucune véritable restriction à se balader avec sa caméra et à satisfaire sa soif d'images. Donc du point de vue strictement technique et ergonomique l'utilisation des appareils photo numériques actuels ne devraient pas freiner la motivation de ses usagers. Alors qu'en est-il?

Premièrement il y a cette image déformé par la pseudo actualité Web qui décrit la disparition prochaine de l'homos photographicus classicus, une espèce en voie d'extinction rapide et inévitable. Or la vente d'appareils photo traditionnels reste assez élevée un peu partout dans cet univers de consommation moderne. C'est la proportion des acheteurs qui diminue par rapport à notre croissance démographique actuelle. La visibilité des utilisateurs s'en trouve affectée par conséquence.

Deuxièmement l'activité même de photographier fait l'objet de nouvelles limitations imposées formellement ou fortement suggérées socialement. L'ère du photographe candide est bel et bien révolu et notre crise contemporaine de paranoia collective dope tous nos contacts sociaux à l'exception de nos proches relations personnelles (et encore ...).

Troisièmement la diffusion formelle ou informelle de notre production photo prête à de nouveaux obstacles. Alors qu'on se proclame de l'ère des communications sans frontières, celles-ci réapparaissent sous de nouvelles formulations. Une espèce de censure collectivement acceptée, tolérée et même encouragée habite maintenant notre conscience sociale.

Quatrièmement où en est notre besoin de documentation et d'expression visuelle pour un espace-temps qui excède l'instantané éphémère? Il faut s'interroger sur notre soif d'images et de contemplation car s'agit-il aujourd'hui de se contenter d'une impression visuelle fugace au détriment d'une observation plus réflective sur notre univers, telle est la question pour ce monde de consommation effrénée et sans grande motivation profonde.

Bien sûr tout n'est pas si sombre sur la planète Phototus et beaucoup de passionné(e)s se transmettent le flambeau de l'image fixée dans le temps et les intentions. Et cela n'est pas négligeable à l'heure ou on défend même aux élites intellectuelles, artistiques et autres le droit à la différence, à l'expression et à la dissidence. Car c'est ce courant malsain du plus petit dénominateur commun en tout qu'il faut à tout prix dénoncer, débusquer et limiter dans ses effets pervers.

Aujourd'hui il faut à tous les photographes faire de nouveau preuve de courage, d'audace et de persistance pour préserver et enrichir l'expression photographique de ce monde. Mais la récompense d'une image fixée provocante, originale et réflective reste notre plus grand gage de pérennité.