23 mai 2026

Le retour impossible de l'argentique


 Toute la planète Nostalgia le souhaite et le sujet se discute depuis maintenant presque dix ans. Y aura-t-il un retour de l'argentique face à l'empereur numérique d'aujourd'hui? La seule réponse définitive à cette question d'espoir est évidemment négative. Bien sûr une minorité d'acharnés alimenteront ce flambeau devenu frêle chandelle à la petite flamme vacillante mais le verdict final est sans appel parce qu'il reflète bien une logique de ressources, de performances, d'environnement et même de santé. 

Pour celles et ceux qui ont vécu le dernier âge d'or de l'argentique il y a plus de quarante ou cinquante ans, le chapitre est clos depuis quelques décennies et plus. Dans le milieu de la photographie professionnelle et commerciale, la technologie du film a été supplantée depuis longtemps car tout l'écosystème photographique s'est tourné vers l'avenir numérique. C'est ainsi et pas autrement. Il y a eu une date d'expiration incontournable et raisonnée à ce phénomène n'en déplaise à nos vaillants passéistes.

Si vous êtes vraiment un ancêtre de l'argentique, il vous sera quasi impossible de prétendre aux bienfaits de cette ancienne technologie tant ses limitations, son coût effectif et ses difficultés de diffusion sont flagrantes. J'ai même tenté l'expérience il y a 8 ans pour le plaisir de la chose et la chose est retournée sur une tablette de l'histoire de la photo qui lui convient parfaitement. Je ne dis pas que ce ne fut pas amusant de répéter de vieux gestes que je croyais oubliés mais j'ai vite constaté comment la photographie numérique avait introduit des avancements considérables à tout point de vue tant en prise de vue qu'en termes de performance et de résultats photographiques.

Certains ont même prétendu que la "vraie" photographie est argentique tout comme le "vrai" cinéma est monochrome et muet, cela va de soi. C'est vrai que le progrès ne s'embarrasse pas de détour et se proclame vainqueur au détriment de l'histoire même récente. Pour les tenants de l'ancienne technologie, il y a assurément une profonde amertume de se sentir maintenant déclassé sinon tout à fait obsolète. Cela nous arrive à tous et particulièrement quand le grand âge nous rattrape inexorablement. Notre mémoire s'emballe, se perd tout comme nos souvenirs d'une jeunesse qu'on aurait voulu si éternelle. Et c'est encore plus vrai dans un monde où le respect du passé et de l'histoire a disparu au profit de l'instantané éphémère.

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À toutes celles et à tous ceux de ma génération argentique, la dernière et la perdue, je lance cette bouteille à la mer photographique en leur disant comment la passion photographe peut survivre aux changements technologiques si radicals soit-il, car c'est au fond de nous le moment décisif de l'image qui reste notre meilleur témoignage.

Photo Paul P 

16 mai 2026

Ce que je préfère d’un appareil photo en voyage!


 Trouvez une combinaison d’appareil photo et d’optique qui nous incite à faire de la photo en voyage out simplement en se baladant, n’est pas simple et exige finalement une bonne anticipation de ses besoins et surtout de ses limites tolérables pour trimballer ce matériel. Et bien sûr il faut aimer en premier chef la photographie.

Chaque nouvelle expérience permet aussi de mieux cerner ce qui nous convient et ce qui est à éviter, sans compter la constante évolution technique de l’équipement photographique et de ses modes de diffusion. Il y a cependant certaines constantes à considérer malgré tout. Je vous en propose quelques unes de façon totalement arbitraire et gratuite, ce sera à vous d’en juger la pertinence ou l’irrévérence!

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Dimensions modestes et poids léger. C’est souvent l’élément-clé qui déterminera si l’appareil photo pourra faire parti du périple ou rester à la maison tout simplement; 

Discrétion esthétique et au déclenchement. Une caméra qui n’attire pas l’attention est souvent le gage de photo plus spontanée et d’expressions plus véridiques. Un petit appareil est souvent perçu comme moins sérieux voire amateur sinon purement touristique; 

Résistance aux intempéries et robustesse. Ici la ou le photographe ne veut pas se soucier de la vulnérabilité  de son appareil qui réduirait de beaucoup ses opportunités de prise de vues en toute circonstance;


Flexibilité, automatismes performants (exposition, mise au point automatique, réactivité, modes créatifs)
. On parle des facteurs essentiels pour réaliser de bonnes photographies bien exposées, nettes et interessantes ou originales;

Autonomie journalière. On veut éviter que notre caméra tombe à plat au moment critique ou pire encore devienne carrément non-fonctionnelle; 

Connectivité facile. Il s’agit de pouvoir transmettre aisément nos meilleures images sur des plates-formes de sauvegarde et de diffusion de façon aisée et fiable;

Viseur et écran lumineux et utilisable en plein soleil. On veut bien apprécier la composition et le moment de prise de vue de nos photos; 

Optique zoom étendue et/ou focale fixe lumineuse et discrète. On apprécie une optique flexible soit par sa plage de distances focales ou par sa grande luminosité dans toute sorte de situation d’éclairage; 

Ergonomie, interface et prise en main. Le design et la construction d’un appareil photo et de l’optique qui l’équipe sont aussi des facteurs de sécurité et de confort d‘utilisation non-négligeables. L’interface physique et logiciel peuvent également faciliter de beaucoup le fonctionnement de ceux-ci. Partant du principe que c’est en tenant l’appareil dans ses mains qu’on effectue une prise de vue, tout ceci joue un rôle déterminant pour la ou le photographe.

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Bref autant d’éléments qui peuvent jouer un rôle important dans l’exercice de notre passion photographique itinérante mais comme vous pouvez le constatez sur ses deux images illustrant ce post, l'essentiel reste peu importe la technique ou le matériel, c.a,d. de prendre des photos!

Photos Manon P et Daniel M


09 mai 2026

Urbanité


 Malgré nos efforts à vouloir préserver des espaces naturels ou même prétendus intacts (re: sauvages au Canada français), on ne peut que convenir que l'urbanisation humaine envahit peu à peu le territoire planétaire. Bien sûr notre croissance démographique y est pour beaucoup et cela, même après plusieurs efforts de densification passés, présents et futurs que nous déployons par monts et vallées ce qui est le cas de le dire.

L'urbanisation grandissante de nos espaces a des conséquences importantes et souvent tragiques sur les autres habitants de cette planète qu'ils soient animaux, végétaux ou même minéraux. Certains pourront peut être s'adapter à des milieux plutôt pauvres en écosystème vivant mais beaucoup sinon la plupart ne survivront pas en vertu d'une économie des ressources savamment saccagée par l'avidité humaine. 

Tous les jours nous sommes confrontés à ce dilemme car il n'y a pas de solution magique d'expansion territoriale qui permettrait de soulager le cheptel naturel par une dispersion salutaire des nuées envahissantes d'humains, cette planète Terre n'étant pas gonflable à souhait! Reste pour nous photographes et mémoires d'un nouveau passé, reste à documenter cette escalade urbaine et à en présenter les effets irrémédiables sur nos anciens partenaires naturels qui s'évanouissent au gré d'une escalade dont la finalité est profondément inquiétante...

Photo Daniel M   

25 avril 2026

Kontre-Jour


 Le mot le dit s'il est bien orthographié (sic pour le titre de ce post!), comme être à contrario du jour ou si vous préférez, être face à la source principal de la lumière comme face au soleil ou face au spot lumineux d'une ampoule ou d'un faisceau-projecteur. Et à contre-jour, les nuances de gis et de couleur s'estompent pour faire place aux contours nets des objets, des personnes. Bref on perçoit la silhouette des choses sans en observer les détails dans leur surface entière.


L'art du contre-jour en photographie s'est beaucoup amoindri ces derniers temps peut-être parce qu'on lui reproche son manque de profondeur et parce qu'il nous propulse plutôt sur une réflexion imaginative de ce que représente le sujet de l'image. On cherche même à réintroduire le détail de ses zones obscures comme s'il fallait absolument répondre sur le champs à toutes les interrogations qu'il suscite. Car le contre-jour se joue un peu de nous en laissant planer le mystère de sa substance réelle.

Avec l'apparition de la dynamique accrue de nos capteurs d'image numérique, le contre-jour n'a plus bonne presse et est même perçu comme un raté de l'image enregistrée avec son exposition contrastée et radicale. Et pourtant il y a tant à rechercher en terme d'impact avec une technique de contre-jour bien maitrisée qui allie composition graphique avec le moment critique de prise de vue. De plus, avec nos viseurs électroniques modernes et nos écrans de visionnement, anticiper un contre-jour devient un jeu d'enfant.

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Si le contre-jour une délimitations évidentes des arêtes du sujet principal elle ne se limite pas à ce simple effet de lumière et, par extension, d'exposition extrême de l'image. Il propose aussi un narratif plus étendue sur le pourquoi de l'image et laisse planer le doute sur son essence même avec une forme extrême de conversation visuelle tronquée.






Photos Daniel M

18 avril 2026

Poésie photographique

 Dans le ballet des images successives que la vie nous expose quotidiennement, il y a parfois une harmonie des formes, des nuances et des lignes qui nous appelle, qui nous charme et nous enchante. Car l'exposition à une image quel qu'elle soit n'est pas toujours une agression des yeux mais parfois une floraison de couleurs même monochromes et d'émotions qui nous emporte vers le rêve et la pensée idéale.

Il y a une certaine perfection des sens qui se sublime même dans la dissonance des arrangements des choses ou encore dans les contextes plus chaotiques des environnements. L'histoire implicite de toute image photographique est un déclencheur d'émotions et un vecteur qui conduit à la réflexion. À la limite du perceptif visuel, l'aspect onirique de cette image peut engendré une vision poétique du sujet lorsque que l'auteur lui inclut cette dimension qu'il s'agisse d'un sujet particulier ou d'un contexte choisi. 

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La poésie exprime bien l'idéalisme de son auteur et rebelle des notions qui subliment l'émotion dans un sens ou dans un autre. L'amour, la tendresse, la peur, le rejet, l'espoir ou sa contrepartie, autant de sentiments et d'autres encore plus que la poésie des sons, des images, des écrits leur attribuent une valeur additive. Nous avons tous cet envie de poésie dans nos vies qui ne demande que de pouvoir s'exprimer et s'exposer. Oui on peut l'écrire, la chanter, la dessiner, la sculpter mais aussi l'illustrer visuellement en photo. Alors pourquoi s'en priver?!

Photo Daniel M

11 avril 2026

Déclics sur Marie Galante, Guadeloupe


 Marie Galante est l’une des îles rattachées à la Guadeloupe au même titre que La Désirade ou les Saintes par exemple. Pour les touristes, l’ile comporte plusieurs attraits ruraux et urbains tant au niveau de son littoral que dans son espace intérieur. L’île n’est pas particulièrement surpeuplée et est caractérisée par un exode démographique graduel typique de sa population plus jeune. Traditionnellement agricole par l’exploitation de la canne à sucre, une des sources de revenu pour plusieurs habitants, Marie Galante profite aussi de l’invasion touristique annuelle qui arrondit ses fins de mois.


En visitant Marie Galante j’ai eu cette réflexion personnelle de me demander comment ce serait d’y vivre de façon permanente, une réflexion qui meuble souvent mes escapades touristiques. Puis je me suis dit comment il est remarquable que chacun trouve sa place où qu’il soit en réalité ce qui confirme notre grande capacité d’adaptation humaine. Bien sûr nous demeurons toujours curieux de savoir ce qui se passe au delà de nos clôtures personnelles mais au fond notre bonheur est plutôt sédentaire du moins dans notre esprit. Marie Galante s’est aussi tout ça pour ceux et celles qui en ont fait leur pays entouré de mer.











Photos Daniel M

04 avril 2026

Avant-plan, arrière plan!



Créer une impression de profondeur sur une image à plat, de deux dimensions seulement fait souvent appel à une certaine habilité à composer cette image avec un soin plus particulier car il faut faire appel à l’intuition de l’observateur à déceler celle-ci plus qu’à simplement la percevoir comme en vision trois dimensions. Il y a donc une sorte de foi en l’expérience visuelle de celui ou celle qui observera la photographie et la transposera dans sa perception virtuelle.

L’art d’arranger avant-plan et arrière-plan n’est pas nouveau tant en photographie que dans la projection d’images animées comme au cinéma ou en vidéographie. Mais c’est sur le terrain et lors de la prise de vues que cet exercice doit d’abord être pratiqué avec adresse et perspicacité. Il y a donc une analyse préliminaire du contexte et du choix des ou du sujet(s) à réaliser avec soin. Le cadrage, la position des objets-sujets et leur proportions respectives jouent un rôle déterminant dans la réussite de l’effet souhaité par le  ou la photographie.

Il faut aussi bien comprendre le rapport qu’il peut exister entre les sujets proposés pour s’assurer de la vraisemblance de la scène enregistrée. Par exemple en illustration documentaire ou même publicitaire, cette approche est bien connue et maîtrisée. Donc cette profondeur n’est pas seulement un aspect physique de l’image mais lui confère ausssi une dimension métaphysique non négligeable en ce sens qu’elle étoffe le coté anecdotique de l’image. 

Il y a donc avant-plan et arrière-plan et peut-être aussi plan central qui sont des éléments déterminants de l’impact d’une photographie soignée et plus percutante. 

Photo Daniel M

28 mars 2026

L'asymétrie photographique comme élément subversif de l'image parfaite.


 Pour beaucoup d'entre nous, la recherche d'un équilibre qu'il soit physique, psychologique ou simplement matériel se traduit souvent par une quête et une exigence de symétrie des choses et même des êtres en une espèce de couple réel ou virtuel proche de la perfection. Chez le/la photographe, on peut s'astreindre à cet exercice avec le contraste des hautes et basses lumières, avec le jeu des formes, avec le choix des couleurs, avec la position des objets et des sujets, tout cela étant connu, reconnu et même implicite dans la critique avouée ou non d'une image en particulier. 

L'absence d'équilibre nous induit à une instabilité peu rassurante comme s'il fallait qu'il y est toujours un début et une fin de toute chose par la présence d'un rebord ou d'une arête scénique rassurante et délimitante. En photographie le cadre même de l'image personnifie les limites pour lesquels l'agencement du sujet et de son contexte nous entraine dans ce discours de la symétrie parfois même au dépens de l'histoire implicite du propos de celle-ci. Quand l'univers penche, le regard glisse vers un extérieur inconnu et dérangeant comme une ligne d'horizon qui se cherche et qui se perd.

Une photographie qui présente une asymétrie évidente est souvent associée à une mauvaise maitrise de la composition du sujet qui, elle, devrait s'en tenir aux dictats de certaines règles de composition longtemps proclamées pour l'exercice de cet art visuel. Or d'autres formes artistiques importantes comme la sculpture ont démontré qu'on peut volontairement dépasser les limites imposées par un académisme contraignant et obtus. 

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L'asymétrie n'est pas pour autant une nouvelle panacée auquel il faudrait maintenant se conformer à tout prix mais tout bonnement une autre façon de faire et de montrer qui peut avoir sa place dans notre imaginaire et ses représentations concrètes.

Photo Daniel M