27 juin 2026

SaK-Foto


 Qu'est-ce qui serait encore plus difficile que de choisir un modèle d'appareil photo ou encore un objectif de prise de vue? Je vous le donne en mille, adopter un sac ou une valise photo! Encore aujourd'hui je peine à rencontrer le contenant idéal pour trainer mon équipement photographique car mes goûts ont bien changé depuis mes premiers balbutiements de photographe en herbe. Naguère, c'était le sac mythique qui affichait ouvertement les prétentions artistiques ou professionnelles de son possesseur. Il faut dire qu'en ces temps bénis, l'aura du photographe avait encore ses lettres de noblesse, salutations aux reporters-vedettes de terrain qui documentaient visuellement une presse vorace de sensations et merci encore aux ancêtres paparazzis de Fellini.

Aujourd'hui tout cela est bel et bien terminé et est remplacé par des vocations multi-tâches où la spécialisation des genres photographiques appelle à l'explosion des catégories de sacs, bandoulières, valises, sacs-ceintures ou sacs à dos, et quoi d'autres en y incluant tous ces systèmes complexes de harnais pour le photographe qui voudrait porter sa caméra en sautoir. À des degrés divers, j'ai été bien tenté par toute cette diversité d'interprétation d'un mal toujours nécessaire, c'est-à-dire transporter tant bien mal tout ce fratas matériel. J'en viens maintenant à l'aspect ésothérique de cette quête impossible, trouver le sac idéal! Aussi bien vous le dire tout de suite, ça n'existe que dans notre imagination débordante d'accessoires et de voeux pieux.


Comme photo reporter en assignation personnelle ou professionnelle, on opte souvent pour le sac en bandoulière type messager car c'est celui qui permet l'accès aux matos photo le plus rapidement possible et le plus commodément mais voilà, c'est aussi celui qui génère le plus des postures très peu ergonomiques au photographe et des maux de dos assez pénibles avec le temps. C'est pourquoi leurs adeptes de la presse entre autres les déposaient un peu partout autrefois, une pratique abandonnée tout comme l'honnêteté foncière de la bête humaine. 


Le sac-ceinture constituait une option très pratique mais bien peu élégante pour le photographe qui préfère garder une silhouette svelte et qui veut éviter les contacts accidentels dans son environnement de prise de vues. Par contre du fait qu'il repose sa charge sur les hanches de son porteur, il générait beaucoup moins de fatigue de transport et l'accès très aisé au matériel était exemplaire surtout si vous le faisiez passer en position ventrale. Il semblerait bien qu'on ait maintenant réduit leur utilité à transporter des minuscules bouteilles d'eau et des clefs d'appartement. 


Le sac à dos type valise-photo lui demeure la solution idéale de transport du point A au point B de prise de vues avec un maximum d'équipement et de confort ergonomique. Pour le photographe de nature ou d'expédition, il est imbattable de flexibilité et permet de bien protéger ces longues focales de rêve que l'amateur averti ou non vénère dans son inconscient le plus profond. C'est d'ailleurs une des rares solutions vraiment fonctionnelles pour transporter un trépied peu importe leurs dimensions (À cet égard oubliez toutes ces options dysfonctionnelles offertes avec des sacs en bandoulière). Le véritable pionnier en la matière fut Greg Lowe (Lowe Alpine), qui était un alpiniste-photographe d'expédition dans les années 1960 et qui a expérimenté les sacs à dos à armature interne, avec sa gamme de produits LowePro,


La valise photographique rigide ou non a connu plusieurs inclinaisons de design avec le temps. Les versions rigides ont connu des livrées en aluminium très chics et très voyantes et plus tard en matériau composite inspirées vraisemblablement par le manufacturier américain Pelican. Elles offrent le maximum en terme de protection contre tous les éléments, eau, choc, intrusion, bref c'est le nirvana sécurisant pour le matériel photo. Heureusement on les a éventuellement doté de roulettes très commodes pour leur déplacement. Quant à l'accès à l'équipement, il est pour le moins à planifier avec suffisamment de prévoyance avant la prise de vues. Ces valises ont surtout une vocation pour les studios itinérants de toute sorte. 


Reste la question des harnais et vestes photographiques. La veste en premier qui fut d'abord la récupération littérale de la veste du pêcheur et dont les multiples poches de rangements plus ou moins pratiques ont fait ressembler le photographe à un arbre de Noël. Plus tard la veste s'est tellement raffiné en un vêtement fashion qu'on hésite maintenant à lui remplir les poches! En fait la veste se porte bien comme un élément vestimentaire en soi pour se garder au chaud tout en demeurant actif. Les harnais photographiques sont bien ce qu'ils sont, c.a.d. des curiosités dans ce monde de la bizarrerie matérialiste et militaro-policier. Je les classe au même titre que toutes ces courroies photographiques qui ont cette particularité de s'entremêler et de nous empêcher de photographier.

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Alors que reste-t-il de nos élucubrations sur les sacs-photo? Pas de véritable réponse idéale ou définitive sinon qu'on les aime, qu'on les déteste, qu'on les vénère ou qu'on les rejette, mais ils vont continuer de hanter longtemps notre anxiété de photographe à devoir les utiliser.

Photo Daniel M / Illustrations commerciales: Domke; LowePro; Pelican

20 juin 2026

200 ans de photographie!



 1826. Tout a commencé selon les historiens du domaine par une nature morte dont, semble-t-il, l'exposition du matériel sensible(!) nécessitait deux journées. Et la roue du progrès photographique s'est d'abord mu très lentement au gré des expérimentations plutôt aléatoires. Mais c'est bien en 1888 que la vraie révolution a commencé avec la commercialisation du film sensible sur pellicule flexible par Georges Eastman et son Kodak. On peut vraiment parler de démocratisation de la pratique photographique pour toutes sortes d'utilisateurs expérimentés ou tout simplement amateurs.

La photographie a véritablement ouvert une fenêtre sur des univers jusque là accessibles seulement pour des voyageurs fortunés ou aventureux. C'était maintenant possible de se documenter de première main et avec plus d'authenticité sur des sujets les plus variés et sur des coins de planète inconnus ou encore très mal publicisés. Avec ces nouveaux horizons, l'humanité a pris conscience de sa grande diversité et a développé son érudition au delà souvent de ses préjugés plutôt étroits quel qu'ils soient.


La photographie n'est évidemment pas exempt de ces biais systématiques dans toutes les interprétations qu'en proposent ses auteurs. L'histoire de la photographie et les regards qu'elle présente sont aussi le reflet de l'évolution de la pensée, des idéaux et des objectifs de l'humanité dans leur grande complexité. Elle peut être propagandiste, bienveillante, scientifique ou simplement éclatée. Mais la photographie est devenue aussi une pratique populaire, publique et créative à plusieurs points de vue.

Pendant ces deux siècles de la photo contemporaine, plusieurs avancées techniques l'ont rendu plus aisément praticables, plus performantes et plus susceptibles d'être partagées entre personnes et plus généralement. Du fait de son empreinte matérielle du début jusqu'aux années 1990, l'apport documentaire de la photo est d'une grande richesse mais sa pérennité dépend toujours des efforts en qualité d'archivage qu'on lui consacre. Malheureusement ce support photographique réel et tangible est maintenant substitué par un encodage numérique dont la préservation se base sur des techniques qui évoluent si rapidement qu'elles deviennent désuètes et inaccessibles par obsolescence.

Il y a donc un grand paradoxe qui caractérise l'histoire de la photographie. Du coté technique la pratique de la photo n'a jamais été aussi précise et inclusive mais, d'autre part, le partage de sa production est maintenant si éclaté que la photographie a perdu peu à peu son impact historique pour emprunter la voie éphémère de l'illustration instantanée. De plus sa valeur documentaire, bien quelle a toujours été imparfaite et sujet à discussion, fait face au scepticisme systématique des publics surtout depuis l'avènement des logiciels d'intelligence artificielle qui permettent littéralement de recréer une image entièrement factice tout en étant apparemment si authentique. Rendu là, à qui faire confiance en effet.


200 ans de photographie, c'est tout de même un long parcours dont une certaine célébration universelle devrait l'honorer d'évènements phares qui lui consacrerait une certaine pérennité historique et artistique. Nous observerons si en cette année 2026 cela sera le cas du moins dans certains secteurs de notre société ou même chez certaines nations comme la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis qui ont été des contrées où plusieurs développements du médium sont apparus.

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Où en sera la photographie après un autre deux cents ans, difficile de se prononcer. Souhaitons-lui tout au moins de survivre suffisamment longtemps pour témoigner de cette présence humaine qui, on le souhaite également, saura elle aussi se prolonger.

1 Photo Daniel M / 2 Photo Nicephore Niepce / 3 Photo Rudolf Koppitz / 4 Photo Bill Anders (Apollo 8)

13 juin 2026

Grip, grip, grip!


 L' OM-5 de OM System est ma camera de prédilection en ce moment et j'en  profite  souvent pour lui ajouter la poignée optionnelle ECG-5 dont le montage épouse très bien les dimensions de la camera et dont le déclencheur additionnel imite adéquatement celui du boitier. Évidemment cela a aussi pour effet de rendre l'appareil moins  compact que le boitier seul. Par contre, il est indéniable que le confort de préhension du OM-5 s'en trouve très amélioré et plus sécurisant ce qui est d'autant plus vrai quand vous couplez le tout avec une optique plus lourde et plus encombrante.

À contrario quand j'équipe l'OM-5 d'un objectif plus petit comme le sont les M.Zuiko 12mm F2, 17mm F1.8, 25mm F1.8 ou 45mm F1.8 par exemple, j'apprécie que le boitier soit le plus compact possible et, en conséquence, la poignée ECG-5 se retrouve rangée dans mon sac-photo (même si la tentation demeure très forte de la laisser en permanence en résidence sur le boitier!). C'est donc le meilleur des deux mondes que ce modèle d'OM System offre à son utilisateur tout comme ce fut le cas avec les Olympus OM-D de la série E-M5 (original, II et III) et dont je regrette cependant  (et même beaucoup!) la disparition du bloc d'alimentation avec déclencheur vertical qui était optionnel dans le cas des versions originales OM-D E-M5 (Mark I) et du Mark II.


Bien que la série Pro d'Olympus et d'OM System (toutes variantes OM-D E-M1 et OM-1) ne permet pas cette versatilité de montage de la poignée, laquelle étant déjà intégrée au boitier, ces caméras professionnelles en vertu de leur vocation d'usage plus intensif et dans des conditions plus extrêmes répondent très bien aux exigences de leurs utilisateurs et les dimensions de l'ensemble boitier-optique demeurent plus compactes que leurs équivalents pour des formats de capteurs d'image numérique plus grands.

Dernier bémol en ce qui concerne la poignée ECG-5 dont la fabrication reste exemplaire, est cette  obligation de le désolidariser du boitier afin de remplacer la pile-accu de la caméra ce qui s'avère pas très pratique et peu sécurisant en situation de prise de vue. Enfin l'ECG-5 offre tout de même une protection additionnelle pour le bas du boitier et le stress engendré par le montage d'un trépied ou d'un mono pied, une faiblesse souvent mentionnée pour cette série E-M5 III et OM-5. (Ai-je déjà mentionné aussi de ne pas utiliser votre appareil photo comme marteau? Ah oui, bien alors!)

Les poignées additionnelles (Grip) ne sont pas une nouveauté en soi et elles sont devenues très populaires sous une forme ou une autre dès l'ère argentique des formats 135 (35mm) et 120/220. Plusieurs styles étaient alors à l'ordre du jour. de la protubérance en bois artisanal aux combinaisons poignée-bloc d'alimentation les plus sophistiquées. Leurs études ergonomiques étaient parfois très imparfaites ajoutant souvent de l'inconfort et des dimensions et un poids supplémentaires peu appréciés des photographes. Avec les années le raffinement des formes, de l'interface (déclencheur et autres fonctionnalités) et de leurs modes d'alimentation plus universels ont graduellement rendu leur usage plus populaire. Aujourd'hui leur intégration au design initial de plusieurs boitiers a souvent éliminé toute nécessité de les ajouter après-coup et a prévenu la redondance du déclencheur de la caméra.

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Grip ou pas grip, telle est la question et dont la réponse n'est certainement pas universelle à tous et chacun. Certains en deviendront des adeptes mais d'autres les détesteront que ce soit pour des raisons pratiques ou esthétiques. Mais au demeurant il est bien qu'une telle option existe et participe au confort du photographe et son enthousiasme dans la pratique de sa passion.

Illustration: Olympus

Photo Daniel M

06 juin 2026

Éternelle jeunesse fotografik(e)


 Chez plusieurs et dont certains plus connus que d'autres, la photographie et sa pratique est une forme de thérapie plutôt sophistiquée. Ce peut être aussi dans des cas plus exceptionnels, un effort créatif de socialisation à moins que ce soit un exercice disons plus anthropologique que simplement contemplatif. Bref la prise de photos nous entraine au delà du sédentaristme visuel ordinaire. 

Bon je conviens qu'on semble loin de l'objet de cet article soit l'éternelle jeunesse de la photo. Et pourtant nous y sommes à plein car ce que la photographie implique de façon implicite, c'est bien le désir de prolonger ce regard éphémère du déclic toujours renouvelé. Et l'évolution des gens et des choses découle de cette observation incessante qui propose de réaliser la progression de ceux-ci dans la séquence jamais finie de nos images déjà enregistrées avec celles qui les succèderont.

Chaque image captée a aussi cette particularité qu'elle nous renvoie à un passé qui en resurgissant garde en quelque sorte son actualité et sa vivacité. Ainsi le passé se mêle au présent en lui apportant une deuxième jeunesse et en se projetant de son témoignage et de son influence vers un futur en devenir. Ainsi en est-il de cette éternelle jeunesse pour autant qu'elle puisse toujours s'exprimer dans sa diffusion renouvelée. 

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S'il faut conclure de tout çà, c'est souligner la pertinence de l'impertinence de la photographie à surgir dans nos vies comme un souci de prolonger un apprentissage de son sujet, de son contexte, de son impact et de tout l'émotivité qu'elle provoque en nous et aux autres de nous. Cette école, nous ne la quittons jamais finalement...

Photo Daniel M