Qu'est-ce qui serait encore plus difficile que de choisir un modèle d'appareil photo ou encore un objectif de prise de vue? Je vous le donne en mille, adopter un sac ou une valise photo! Encore aujourd'hui je peine à rencontrer le contenant idéal pour trainer mon équipement photographique car mes goûts ont bien changé depuis mes premiers balbutiements de photographe en herbe. Naguère, c'était le sac mythique qui affichait ouvertement les prétentions artistiques ou professionnelles de son possesseur. Il faut dire qu'en ces temps bénis, l'aura du photographe avait encore ses lettres de noblesse, salutations aux reporters-vedettes de terrain qui documentaient visuellement une presse vorace de sensations et merci encore aux ancêtres paparazzis de Fellini.
Aujourd'hui tout cela est bel et bien terminé et est remplacé par des vocations multi-tâches où la spécialisation des genres photographiques appelle à l'explosion des catégories de sacs, bandoulières, valises, sacs-ceintures ou sacs à dos, et quoi d'autres en y incluant tous ces systèmes complexes de harnais pour le photographe qui voudrait porter sa caméra en sautoir. À des degrés divers, j'ai été bien tenté par toute cette diversité d'interprétation d'un mal toujours nécessaire, c'est-à-dire transporter tant bien mal tout ce fratas matériel. J'en viens maintenant à l'aspect ésothérique de cette quête impossible, trouver le sac idéal! Aussi bien vous le dire tout de suite, ça n'existe que dans notre imagination débordante d'accessoires et de voeux pieux.
Comme photo reporter en assignation personnelle ou professionnelle, on opte souvent pour le sac en bandoulière type messager car c'est celui qui permet l'accès aux matos photo le plus rapidement possible et le plus commodément mais voilà, c'est aussi celui qui génère le plus des postures très peu ergonomiques au photographe et des maux de dos assez pénibles avec le temps. C'est pourquoi leurs adeptes de la presse entre autres les déposaient un peu partout autrefois, une pratique abandonnée tout comme l'honnêteté foncière de la bête humaine.
Le sac-ceinture constituait une option très pratique mais bien peu élégante pour le photographe qui préfère garder une silhouette svelte et qui veut éviter les contacts accidentels dans son environnement de prise de vues. Par contre du fait qu'il repose sa charge sur les hanches de son porteur, il générait beaucoup moins de fatigue de transport et l'accès très aisé au matériel était exemplaire surtout si vous le faisiez passer en position ventrale. Il semblerait bien qu'on ait maintenant réduit leur utilité à transporter des minuscules bouteilles d'eau et des clefs d'appartement.
Le sac à dos type valise-photo lui demeure la solution idéale de transport du point A au point B de prise de vues avec un maximum d'équipement et de confort ergonomique. Pour le photographe de nature ou d'expédition, il est imbattable de flexibilité et permet de bien protéger ces longues focales de rêve que l'amateur averti ou non vénère dans son inconscient le plus profond. C'est d'ailleurs une des rares solutions vraiment fonctionnelles pour transporter un trépied peu importe leurs dimensions (À cet égard oubliez toutes ces options dysfonctionnelles offertes avec des sacs en bandoulière). Le véritable pionnier en la matière fut Greg Lowe (Lowe Alpine), qui était un alpiniste-photographe d'expédition dans les années 1960 et qui a expérimenté les sacs à dos à armature interne, avec sa gamme de produits LowePro,
La valise photographique rigide ou non a connu plusieurs inclinaisons de design avec le temps. Les versions rigides ont connu des livrées en aluminium très chics et très voyantes et plus tard en matériau composite inspirées vraisemblablement par le manufacturier américain Pelican. Elles offrent le maximum en terme de protection contre tous les éléments, eau, choc, intrusion, bref c'est le nirvana sécurisant pour le matériel photo. Heureusement on les a éventuellement doté de roulettes très commodes pour leur déplacement. Quant à l'accès à l'équipement, il est pour le moins à planifier avec suffisamment de prévoyance avant la prise de vues. Ces valises ont surtout une vocation pour les studios itinérants de toute sorte.
Reste la question des harnais et vestes photographiques. La veste en premier qui fut d'abord la récupération littérale de la veste du pêcheur et dont les multiples poches de rangements plus ou moins pratiques ont fait ressembler le photographe à un arbre de Noël. Plus tard la veste s'est tellement raffiné en un vêtement fashion qu'on hésite maintenant à lui remplir les poches! En fait la veste se porte bien comme un élément vestimentaire en soi pour se garder au chaud tout en demeurant actif. Les harnais photographiques sont bien ce qu'ils sont, c.a.d. des curiosités dans ce monde de la bizarrerie matérialiste et militaro-policier. Je les classe au même titre que toutes ces courroies photographiques qui ont cette particularité de s'entremêler et de nous empêcher de photographier.
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Alors que reste-t-il de nos élucubrations sur les sacs-photo? Pas de véritable réponse idéale ou définitive sinon qu'on les aime, qu'on les déteste, qu'on les vénère ou qu'on les rejette, mais ils vont continuer de hanter longtemps notre anxiété de photographe à devoir les utiliser.
Photo Daniel M / Illustrations commerciales: Domke; LowePro; Pelican






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