24 juillet 2018

Mais où sont rendus nos photographes?

Bien sûr je parle de nos photographes traditionnels utilisant un appareil photo numérique (dont c'est la vocation première). Car depuis quelques années ou bien l'intérêt semble avoir diminuer ou bien la présence des photo-phonistes en a intimidé plusieurs. Même dans plusieurs lieux touristiques les photographes de voyage (en excluant les tenants de l'instantanée selfique ) brillent par leur absence ou leur discretion totale.

Avec les appareils photo numériques compact il ne semble plus y avoir aucune véritable restriction à se balader avec sa caméra et à satisfaire sa soif d'images. Donc du point de vue strictement technique et ergonomique l'utilisation des appareils photo numériques actuels ne devraient pas freiner la motivation de ses usagers. Alors qu'en est-il?

Premièrement il y a cette image déformé par la pseudo actualité Web qui décrit la disparition prochaine de l'homos photographicus classicus, une espèce en voie d'extinction rapide et inévitable. Or la vente d'appareils photo traditionnels reste assez élevée un peu partout dans cet univers de consommation moderne. C'est la proportion des acheteurs qui diminue par rapport à notre croissance démographique actuelle. La visibilité des utilisateurs s'en trouve affectée par conséquence.

Deuxièmement l'activité même de photographier fait l'objet de nouvelles limitations imposées formellement ou fortement suggérées socialement. L'ère du photographe candide est bel et bien révolu et notre crise contemporaine de paranoia collective dope tous nos contacts sociaux à l'exception de nos proches relations personnelles (et encore ...).

Troisièmement la diffusion formelle ou informelle de notre production photo prête à de nouveaux obstacles. Alors qu'on se proclame de l'ère des communications sans frontières, celles-ci réapparaissent sous de nouvelles formulations. Une espèce de censure collectivement acceptée, tolérée et même encouragée habite maintenant notre conscience sociale.

Quatrièmement où en est notre besoin de documentation et d'expression visuelle pour un espace-temps qui excède l'instantané éphémère? Il faut s'interroger sur notre soif d'images et de contemplation car s'agit-il aujourd'hui de se contenter d'une impression visuelle fugace au détriment d'une observation plus réflective sur notre univers, telle est la question pour ce monde de consommation effrénée et sans grande motivation profonde.

Bien sûr tout n'est pas si sombre sur la planète Phototus et beaucoup de passionné(e)s se transmettent le flambeau de l'image fixée dans le temps et les intentions. Et cela n'est pas négligeable à l'heure ou on défend même aux élites intellectuelles, artistiques et autres le droit à la différence, à l'expression et à la dissidence. Car c'est ce courant malsain du plus petit dénominateur commun en tout qu'il faut à tout prix dénoncer, débusquer et limiter dans ses effets pervers.

Aujourd'hui il faut à tous les photographes faire de nouveau preuve de courage, d'audace et de persistance pour préserver et enrichir l'expression photographique de ce monde. Mais la récompense d'une image fixée provocante, originale et réflective reste notre plus grand gage de pérennité.