09 avril 2018

L'appareil photo numérique en mode d'apprentissage: le coté verso de la photo


Il y a un paradigme à désirer un appareil photo qui
 réussit à tout faire sans grande intervention de son
 utilisateur et un outil qu'il faut apprendre à maitriser
 pour en explorer les possibilités. Mode P ou mode M?
De nos jours la recherche de l'appareil photo numérique idéal tend à colorer fortement toute critique d'utilisateur(e) vis-à-vis tous les produits offerts par les différents fabricants d'équipement de prises de vues. Ergonomie, interface, réactivité, versatilité sont devenus avec d'autres les maitres mots de tous ceux qui peuplent notre blogosphère avec ses grandes vedettes jusqu'aux plus modestes tâcherons de l'analyse des produits.

De fait toute perspective-critique quelle qu'elle soit contient sa part de vraisemblance (vérité ou non). Un peu comme un Photo Advisor auquel il faut maintenant lire entre les lignes pour en extraire les éléments qui nous serons utiles dans la constitution de notre propre opinion. Alors je me suis posé la question de l'effort d'adaptation ou plutôt de l'absence de celui-ci que beaucoup de photographes ont tendance à négliger dans la connaissance et l'usage de leur équipement.

Dernièrement je consultais un compte rendu détaillé sur le modèle Panasonic Lumix G85 qui a suscité un questionnement de la part d'un de ses lecteurs et j'ai constaté l'incapacité de répondre de l'auteur qui avouait qu'il n'avait plus ce matériel à sa disposition. Bien sûr nous ne pouvons pas tout savoir mais comme j'avais ce modèle d'appareil en main j'ai pris la peine de l'explorer de nouveau pour trouver la façon de faire nécessaire pour adapter l'appareil au besoin spécifique de ce lecteur ... j'ai transmis ce petit savoir sur ce forum.

Tout ça pour dire comment les interfaces des appareils d'aujourd'hui sont complexes et prévoient de multi-usages adaptés à l'utilisateur. En contrepartie ce dernier(e) doit investir dans l'apprentissage de l'appareil pour approfondir ses connaissances théoriques et pratiques. Mais voilà nous en sommes rendu dans la civilisation du tout inclus avec un niveau d'effort intellectuel minimaliste. Il serait impensable de revoir les aspects fondamentaux d'outils de base comme un marteau, des ciseaux ou une scie, de même que pour le pinceau ou la spatule du peintre ou encore le clavier de l'écrivain. Nous admettons très bien la nécessité de son utilisateur(e) à expérimenter et à apprendre à en maitriser les subtilités techniques pour les adapter à nos besoins. Dans cette perspective l'appareil photo n'est pas différent de ces autres outils de création. Sa maîtrise technique passe aussi par l'apprentissage de son fonctionnement, de ses limites et de son adaptabilité.


Sujet, composition, instant choisi, autant de paramètres qui dépendent l'auteur plutôt que de son appareil

Certes il y a toujours lieu de raffiner et de rendre plus sophistiqué un outil quel qu'il soit. Nous sommes dans un monde de questionnement et d'évolution et notre curiosité génétiquement inscrite nous pousse constamment à cette démarche d'amélioration. Mais au départ il faut comprendre la base ou le raisonnement initial qui a amené l'invention  de cet outil. L'appareil photo a été inventé comme un capteur d'imagerie instantané (et plus tard animé). Les supports se sont raffinés au fil des générations d'appareils pour atteindre un degré de sophistication assez unique même si d'autres surprises nous attendent dans l'avenir. La notion de "voir", de choisir un moment et d'interpréter une image photographique sont tous des éléments créatifs qui sont d'abord l'apanage de notre propre vision et de notre raisonnement. Pour matérialiser le tout sur éventuellement un support plus permanent à partager, nous utilisons la technique photographique mais celle-ci ne peut en aucun cas se substituer à l'exercice physique et intellectuel d'origine du choix photographique.

Il ne faut pas oublier la finalité de l'oeuvre photographique: sa diffusion ...
 fut-elle personnelle, intime ou même publique!
Alors que faut-il en déduire en regard des outils photographiques actuels? Que leurs possibilités techniques sont telles aujourd'hui qu'il est rare qu'on puisse les exploiter à leurs limites. Et que même dans ce cas extrême il reste toujours l'option non négligeable de s'adapter à une situation et de proposer une variante créatrice. Par exemple pour la photographie d'un sujet en action on peut proposer la technique du filé (panning) ou du flou volontaire. C'était vrai au temps de l'argentique, c'est encore vrai en ces temps numériques! Car en création de toute chose il y a une part d'effort à investir. Il ne faut pas devenir des fonctionnaires du déclics et reproduire des schèmes stéréotypés qui n'on aucune pérennité.

Depuis les débuts du numérique et au fois franchi les affres de son enfance nécessaire, les appareils photo sont devenus de formidables outils d'expression dont on mesure encore mal toutes les possibilités tant les frontières techniques imposés par l'ancien support argentique ont littéralement explosé. Il faut prendre le temps d'explorer ces nouveaux outils et en extraire la puissance technique. Ils sont ingénieux, très versatiles mais aussi complexes et demandent de leur utilisateurs une étude plus approfondie que simplement une prise en main rapide et expédiée. Les maitriser c'est s'offrir le plaisir de créer une oeuvre photographique unique et personnelle.