10 mars 2018

Nikon ou la spirale psycho-corporatrice

(Source photo: nikon.com)
Un héritage de 100 ans dur à supporter!

Il y a quelques mois j'expliquai dans un message (version anglaise ici) comment la marque de commerce et fabricant Nikon avait amorcé une descente aux enfers en accumulant une succession de décisions commerciales et administratives qui minaient toute possibilité de rédemption du groupe compte tenu du déclin aujourd'hui universellement reconnu et documenté du marché de l'équipement photographique traditionnel.

Nous savons maintenant que Nikon n'a jamais vraiment cru à l'essor des "sans-miroirs" reléguant cette nouvelle catégorie au rang de brève poussée anecdotique d'un équipement inférieur en valeur et purement destiné aux amateurs non-avisés de la chose photographique. Vrai qu'ils ont introduit leur série CX au pire moment d'un marché en ébullition mais ils n'ont pas su soutenir techniquement et adéquatement cette nouvelle catégorie auprès de leurs fidèles supporteurs qui étaient souvent des propriétaires de matériel Nikon depuis des années.

Pire encore la mise en marché de la série X de Fujifilm et dans une moindre mesure des séries Olympus et Panasonic dans le MFT les a coupé de toute motivation de répondre dans ce créneau. Mais le plus dangereux compétiteur en particulier pour la réputation de Nikon fut les efforts soutenus et intenses de Sony pour offrir un "mirrorless" de plus grand format (approx. 24 X 36mm) avec une gamme de plus en plus étoffée d'optiques appropriées.

Nikon a toujours eu une relation corporative très affective et politique de ses produits les considérant comme nécessairement supérieurs à toute compétition et mettant un regard condescendant sur les produits de la concurrence incluant ceux du major Canon. Cela les a entrainé dans plusieurs épisodes d'errements dans leur évolution des dernières décennies. À l'époque de l'explosion des objectifs à mise au point automatique de l'ère argentique, ils ont persisté à offrir un système hybride basé sur leur vielle monture F au détriment du virage technologique performant présenté par Canon et ils ont été perdants en particulier pour les photographes d'action et de sport. De la même façon ils ont d'abord boudé le retour du format 24 X 36mm en photographie numérique pour ensuite se contredire et créer ainsi une confusion entre leurs séries DX et FX qui persiste encore. Enfin ils ont négligé leur effort initial dans l'introduction du mode vidéo (modèle D90) et laissé place à une compétition qui les a submergé. Sans parler de tous ces lancements de produits virtuels (modèles DL) ou réels (Key Mission) qui ont été des échecs au départ.

Depuis quelques semaines un sentiment général se développent dans la blogosphère à l'effet que Nikon va manquer son virage et devenir une marque de commerce parmi d'autres sinon pire alors qu'il y a quelques mois à peine plusieurs m'ont âprement reproché ma position qui était la même! J'en déduit que les sentiments d'appartenance à la marque Nikon sont en sérieuse baisse. D'autres chroniqueurs ont payé cher leurs doutes il y a quelques années en adoptant une attitude alternative vers d'autres formats numériques et d'autres fournisseurs d'équipement.

Le poids de la tradition peut être dévastateur pour une
 corporation comme le démontre l'acharnement de
 Nikon à conserver la monture F de 1959!
(source photo: Nikon.com)


Ce qui est maintenant évident est le manque de crédibilité d'une administration corporative réductrice et autocratique centrée sur l'auto-flagornerie qui caractérise la compagnie Nikon. Seul un ouragan interne de changement de philosophie et décisionnel saurait dorénavant renverser une tendance manifeste au déclin. Verra-t-on tout comme l'est devenu Kodak le label Nikon se proposer comme une simple marque de commerce? Même si d'aucuns le souhaitent pour mettre un point final à leur ancienne arrogance, ce n'est pas souhaitable compte tenu du rôle majeur que pourrait encore tenir Nikon dans le marché de l'équipement photographique.